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Les catégories qui nous permettent de penser, de juger et d’entendre – lorsqu’il s’agit de musique en particulier – n’ont ni la solidité ni l’univocité auxquelles le langage courant pourrait nous faire croire. Dans les seuils mouvants qui séparent le musical du sonore, l’abstraction d’une notation de la concrétude d’un son enregistré, la composition est une activité pour ainsi dire hydraulique : elle ne produit pas d’objet, elle infléchit le parcours d’une fluence qui la dépasse. Tel son enregistré s’articule avec telle orchestration, sans qu’on puisse en justifier le principe ; telle durée réelle rend possible, mieux que toute autre, la perception d’un mécanisme écrit.
Voilà ce qui détermine la composition d’interface : phraser des sons enregistrés avec ceux d’un synthétiseur, de la voix humaine et de la lutherie classique ; trouver les points de passage, les chemins acoustiques qui mènent d’un monde à l’autre, de la représentation à l’imagination. Si je fais entendre une corne de brume, peut-être familière à quelques auditeurs, ce qui importe est davantage l’extension instrumentale dans laquelle l’écriture la plonge pour l’arracher à un idiome trop réducteur. En somme, il faut que la musique change la façon de percevoir, qu’on ne puisse plus entendre un son particulier sans qu’il soit diffracté en une multiplicité d’idées musicales. La finalité de la composition est pour moi une transformation de l’écoute, c’est-à-dire une éducation.
Interface est écrite pour flûte, clarinette, trombone, voix, alto, violoncelle, clavier et électronique. La partie d’électronique travaille des sons de synthèse et de l’échantillonnage. Comme dans un espace improbable, les échantillons proviennent de deux villes distantes où j’ai capturé dans chacune le son d’un avertisseur sonore, d’une variété d’oiseau et d’un élément naturel : la corne de brume et la sonnerie d’un tramway, le cri d’un goéland argenté et le craquètement d’une cigogne blanche, le déferlement de la houle et le ruissellement d’un cours d’eau. L’interface n’assure pas seulement l’intégration de lutheries différentes, elle connecte deux environnements distants de 800km en un paysage artificiel où coexistent le musical et le sonore, la présence physique des instruments et le spectre de signaux enregistrés.
Création
Le 01 juillet 2026 à Strasbourg, par l’Ensemble Accroche Note aux 26ème Rencontres de Musique de Chambre

